Il n’y a pas beaucoup d’œuvres dans lesquelles on peut entrer et s’asseoir. C’est le cas de cette installation conceptualisée entre 1969 et 1970 par Dubuffet. Après avoir franchi une petite série de marches, le spectateur se retrouve en immersion totale dans le monde bichromatique de l’artiste français, père de l’art brut. Né de sa passion pour l’époxy et le polyuréthane, ce “jardin” – qui s’apparente plus à une grotte – alterne noir et blanc dans un ensemble sinueux et irrégulier. Plutôt que de lisser le sol et les murs, l’artiste, devenu ici architecte, souligne les erreurs, s’en amuse à l’aide des tracés sombres et nous propose, au lieu de simplement contempler l’ensemble, d’y vivre une expérience méditative. Un premier pas dans l’univers en 3D de Dubuffet avant de filer à la Closerie Falbala, la version XXL de ce jardin d’hiver à Périgny-sur-Yerres (94).
Fontaine, Marcel Duchamp (1917)
Inutile d'en tartiner des caisses sur l'urinoir – pardon, la Fontaine signée R. Mutt – de Marcel Duchamp : depuis le milieu du XXe siècle, la majeure partie de l'art contemporain s'échine à courir après ! Provocation, geste pré-punk ou ironique os à ronger lancé à la critique, beaucoup d'encre aura coulé sur (dans ?) cette inévitable pissotière, inscrite désormais dans l'histoire, à tort ou à raison, comme l'estocade fatale à une certaine idée de la modernité. Pourtant, réduisant à néant la doxa artistique et ses aspirations au sublime comme au laid, Duchamp prétendait simplement rechercher, à travers ses ready-made, un état d'indifférence tranquille, une distance je-m'en-foutiste, qui aura pesé à sa suite comme un ricanement sur toute velléité expressive ou sensible.
Marche de soutien à la campagne sur le sida, Chéri Samba (1988)
Superstar de la peinture originaire de Kinshasa, Chéri Samba séduit très rapidement la France, où il est l’une des révélations de l’exposition Magiciens de la Terre du Centre Pompidou en 1989. Pas étonnant donc que ce même musée ait fait l’acquisition de quelques-unes de ses œuvres figuratives, célèbres pour leur vraie fausse naïveté, leurs couleurs éclatantes et leurs textes politiques rédigés à même la toile. En 1988, l’artiste transpose sur châssis une manifestation en faveur de la campagne contre le sida dans une démarche pédagogique assumée. On peut y lire “Le sida est encore non guérissable évitable”, ou encore, plus sujet à débat, “Pour nos rapports sexuels, Chéri Samba nous conseille à changer chaque fois la capote après deux minutes de coït de façon que celle-ci ne puisse pas se déchirer dans la chose”. Bon, au moins, l’intention y était.