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Derrière ses deux portes – une pour le bar, l’autre pour le club –, Cartilage, qui ouvre début mars dans le 12e entre Bastille et Nation, promet de mixer punk, électro, jazz ou dub dans une prog qui se veut « stimulante ».

Ce mercredi 25 février, lorsqu’on le rejoint au 210 rue du Faubourg-Saint-Antoine, dans le 12e, juste à côté de l’antique showroom du décorateur Roméo, Edgar Maury, veste grise griffée Roland tachée de peinture sur le dos, est en ébullition. Entre deux réceptions de livraison de matériel Thomann, il discute des finitions du chantier sous ses pieds. Au-dessus de lui, deux enseignes, comme un passage de témoin entre deux époques : celle du cabaret libanais Mazazic, devenu aujourd’hui le Cartilage, nouvelle salle/club/bar dont la DA est menée par Edgar, résident du Sample et passé par le Point Ephémère. « Vivement qu’on enlève le pansement lors de l’ouverture vendredi », sourit-il.
Sous le pansement, voici donc Cartilage, un lieu hors du commun à « l’ambiance tellement kitsch premier degré qu’il aurait été impossible de la reproduire ». Plutôt que de tout casser, la nouvelle équipe a préféré s’insérer dans l’histoire et les spécificités du lieu pour construire quelque chose à mi-chemin entre le bar, le club et la salle de concerts/spectacles à la pointe des propositions artistiques les plus aventureuses.
Le 1er janvier dernier, à peine le Mazazic avait-il terminé sa dernière nuit après plus de 30 ans de carrière que les travaux, entièrement financés par les nouveaux proprios (qui tiennent les bars voisins les Blouses Blanches et le Métro), commençaient. « On a refait toutes les peintures noires, détaille Edgar. Il a fallu mettre l’électricité aux normes pour que ce soit carré pour le live, monter le nouveau bar en chêne massif avec ses LED incrustées et mettre un grand coup de propre général. »
L’originalité du Cartilage, c’est qu’il s’étend sur deux espaces reliés à l’intérieur mais accessibles indépendamment depuis l’extérieur. Derrière la porte de gauche, le club/salle de concerts, la partie la plus singulière et attrayante du lieu pour l’instant accessible le jeudi soir, et le week-end jusqu’à 5h du matin. D’emblée, on est mis dans l’ambiance par ce grand lustre « ramené du Caire en voiture au début du millénaire par le fils du patron par peur qu’il soit cassé ». En bas de l’escalier, à gauche, une salle qui peut accueillir entre 250 et 400 personnes, avec une scène placée sur le côté gauche visible d’un peu partout, et un système-son à la fois « précis et puissant ».
Lors de l’inauguration, on avait l’impression de se trouver dans un music-hall interlope enfumé des années 1970, entre miroirs, mini-lustres et lumières tamisées. Et quelle histoire que ces cages à LED, ces dalles rétroéclairées et ces serpentins lumineux qui créent comme des vortex au plafond, dont les tenanciers font varier l’intensité. Même les deux fumoirs, « un debout et un autre avec des places assises où les gens fumaient la chicha », donnent envie d’aller pourrir ses fringues pour être dans l’ambiance. A signaler des toilettes avec stands de RDR à l’entrée ainsi qu’une cible de fléchettes et un futur bar à shots (avec propositions sans alcool).
La forme, c’est bien, mais le son ? Trouver une âme artistique, voilà ce qui a animé l’équipe ces dernières semaines. Un polissage collectif guidé par Edgar, dont les expériences passées et revendiquées vont infuser dans la prog : couteau suisse du son et de la nuit, il est artiste résident au Sample depuis trois ans, a bossé au Point Ephémère (où il a chopé le contact pour le poste) et cite la Station comme exemple. « Pour moi, les endroits de la fête sont à la fois ceux de l’abandon de soi, de la contemplation, du questionnement et de la stimulation intellectuelle. Il faut savoir conjuguer tout ça et préserver un endroit pour chacune de ses émotions », conceptualise-t-il. Concrètement, cela signifie qu’il y aura aussi bien du cabaret, du comedy club que (surtout) des concerts et des soirées club, avec des tarifs de 0 à 15 €. La DA ? « Côté musique, j’ai envie de retranscrire mon idée du groove. Un groove, c’est une énergie, un tempo, un rebond que tu peux retrouver dans la oï!, le post-punk, le stepper dub, la techno, la house ou le hip-hop. »
Quant à la porte de droite, elle débouche sur un bar au rez-de-chaussée, accessible du mardi au samedi de 16h à 2h. Il sera possible d’y boire des coups bien sûr, mais aussi de jouer au billard et aux fléchettes, chanter au karaoké ou mater un film… « Quand je vois ce soleil, ça me donne encore plus d’idées ! », frétille Edgar sur le pas de la porte. « Déjà, cet été, on aura le droit d’avoir une terrasse dans la rue, c’est acté. Et surtout, j’ai envie d’organiser des sessions trip hop dominicales sur le mini-rooftop. » Cartilage, vivement les premiers craquements !
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