Disparue en 2017, Magdalena Abakanowicz continue d’asseoir son héritage à travers les plus grandes institutions du monde. Après la Tate de Londres, c’est au Musée Bourdelle que les pièces textiles monumentales de la Polonaise trouvent leur place. Entre sculpture et tapisserie, son cœur balance. Alors plutôt que de faire un choix, l’artiste décide simplement d’allier ses deux médiums de prédilection dès la fin des années 1960 pour imaginer d’impressionnantes œuvres tridimensionnelles, rompant avec l’aspect domestique du textile. Oui, elle est une femme qui manie le fil et l’aiguille. Non, elle ne se contentera pas de rapiécer les pantalons de son mari. Avec elle, le tissu se fait aussi monumental que le métal, aussi majestueux que le marbre. Et en rassemblant près de 70 de ses œuvres, le Musée Bourdelle offre enfin un hommage français à la hauteur des ambitions de Magdalena Abramovic : démesuré.
Au cœur de la fraîchement rénovée aile Portzamparc du musée, le parcours à la fois chronologique et thématique zoome sur sa production sculpturale monumentale, remplaçant la plasticienne au sommet du panthéon des plus grands sculpteurs du 20e siècle. Voire de l’Histoire de l’Art tout entière. Encore trop méconnue du grand public, Magdalena Abakanowicz conquiert le cœur des visiteurs grâce à des œuvres qui déjouent les lois de la physique, de ses « Abakans » suspendus à ses corps rigides, étonnant lorsque l’on sait qu’ils sont fait de textiles souples à l’origine. Forte là où on attend qu’elle soit douce, elle préfère une présence dérangeante à la beauté, des prises de positions politiques (sur la guerre ou la condition humaine ou le vivant) à l’art décoratif.
L’idée de cette exposition n’est d’ailleurs pas celle d’une rétrospective biographique, mais plutôt d’un ensemble sensoriel, pensé pour nous immerger pleinement dans l’univers d’Abakanowicz, si particulier, si puissant. Les tragédies personnelles (aussi nombreuses soient-elles) sont ainsi mises de côté, sans que cela ne nous gêne. Bien au contraire. À l’image de ses foules de « Mutants », l’artiste devient presque anonyme, laissant son art seul parler d’elle. Un parti pris couillu… Mais terriblement payant.


